Le nouveau pari économique du Maroc
L’année 2025 marque une étape cruciale dans la concrétisation de la vision économique marocaine, dont l’ambition est d’opérer une mutation paradigmatique de son modèle de croissance. L’objectif stratégique, formalisé par la nouvelle Charte de l’Investissement, est d’inverser la prépondérance historique de l’investissement public au profit d’un élan soutenu par le secteur privé. Le ministère de l’Industrie et du Commerce a ainsi fixé des jalons quantifiables, visant l’atteinte de 550 milliards de dirhams (MMDH) d’investissements privés et la création de 500.000 emplois à l’horizon 2026, avec une perspective à long terme de porter la part du privé aux deux tiers de l’investissement global d’ici 2035.
Cette feuille de route ambitieuse repose sur une conjoncture macroéconomique résiliente, dont la solidité est confirmée par les prévisions de la Banque Africaine de Développement (BAD) qui anticipe un renforcement de la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) pour atteindre 3,8% en 2025.
L’attractivité du Maroc auprès des capitaux internationaux s’affirme comme le catalyseur principal de cette dynamique. Les investissements directs étrangers (IDE) ne sont plus seulement une source de devises, mais un vecteur essentiel de transferts technologiques et de savoir-faire. Les statistiques récentes de l’Office des Changes témoignent de cette consolidation, avec un flux net des IDE enregistrant une hausse substantielle, avoisinant les 58% à fin septembre 2024, pour s’établir à environ 42,5 MMDH. Cette performance, loin d’être un simple effet d’opportunité, est le résultat d’une politique volontariste d’amélioration du climat des affaires et de la mise en place de mécanismes de soutien ciblés. L’afflux d’IDE est désormais indissociable de la montée en gamme des écosystèmes industriels marocains, exigeant une main-d’œuvre plus qualifiée et plus spécialisée.
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Le nouveau cadre fiscal : Un levier de compétitivité et d’inclusion
L’architecture fiscale, telle que révélée par le Projet de Loi de Finances (PLF) pour l’année 2025, est conçue pour agir simultanément sur la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages. La réforme de l’Impôt sur le Revenu (IR) constitue l’une des mesures phares, visant à alléger la pression fiscale. Cette refonte se manifeste par le relèvement du seuil d’exonération de l’IR, qui passe de 30.000 à 40.000 dirhams par an, augmentant de facto le revenu disponible des bas salaires et stimulant la consommation. Parallèlement, la réduction du taux marginal de l’IR de 38% à 37% vise à améliorer l’attractivité des talents et à encourager la formalisation des revenus.
En outre, le PLF 2025 introduit des incitations directes à l’investissement productif. L’augmentation des dotations aux amortissements déductibles pour les véhicules de transport de personnes, dont le plafond passe de 300.000 à 400.000 dirhams, soutient le renouvellement des flottes d’entreprise. Surtout, l’exonération d’IR pour les indemnités de stage plafonnées à 6.000 dirhams agit comme un puissant levier pour l’insertion professionnelle. Cette mesure, conditionnée à un engagement d’embauche, réduit le coût initial de l’intégration de jeunes diplômés pour les entreprises, jouant un rôle crucial dans l’atténuation de l’inadéquation structurelle entre la formation et les besoins du marché.
Le tissu économique marocain repose intrinsèquement sur les Petites et Moyennes Entreprises (PME), qui représentent près de 90% des entités et contribuent à environ 40% du PIB, selon les données les plus récentes du Haut-Commissariat au Plan (HCP) et des études sectorielles. Leur rôle dans la création d’emplois pérennes et l’ancrage territorial de la richesse est irréfutable. Cependant, ces entreprises sont structurellement confrontées à des défis majeurs, notamment l’accès au financement et une vulnérabilité accrue aux chocs économiques, comme en témoigne le nombre croissant de défaillances, qui a dépassé les 16.000 cas en 2024, selon le rapport « Global Insolvency Outlook » du cabinet d’assurance-crédit Allianz Trade. La Charte de l’Investissement apporte une réponse structurée à cette problématique en rendant opérationnels des dispositifs de soutien spécifiques aux TPME. L’intégration des PME dans les chaînes de valeur mondiales, encouragée par ces dispositifs, pousse ces acteurs à adopter des standards de qualité et de gestion internationaux, se traduisant par une demande accrue pour des profils qualifiés en supply chain management et en ingénierie.
Encadré
| Prospective 2027 : Le saut qualitatif de l’emploi
L’impact potentiel de ces moteurs d’investissement sur la création d’emplois qualifiés d’ici 2027 est substantiel et qualitatif. La dynamique des IDE se concentre sur des secteurs à forte intensité de savoir. Le secteur automobile, en pleine transition vers l’électrique, et l’aéronautique, fort de ses 26 000 emplois directs, exigent une requalification massive de la main-d’œuvre vers des fonctions avancées de conception, de robotique et de maintenance. De même, l’initiative «Offre Maroc» pour l’hydrogène vert générera une demande critique pour des ingénieurs en génie électrique et des spécialistes en énergies renouvelables dès la phase d’accélération 2025-2027. Ces secteurs convergent vers un objectif commun : former 100 000 ingénieurs, techniciens et cadres moyens d’ici 2027 pour combler le déficit de compétences. La réussite de cette transition repose sur la capacité du système de formation à délivrer ces profils techniques, transformant ainsi le Maroc en un hub industriel non seulement compétitif en termes de coûts, mais surtout en termes de compétences. |

