Economie

La CDG, pilier discret du Maroc qui dure

La valeur de certaines institutions ne se mesure ni à leur visibilité médiatique ni à leur capacité à épouser l’air du temps. Elles opèrent à contre-rythme, dans une temporalité plus exigeante, plus austère aussi, mais infiniment plus féconde. À l’heure où la politique économique mondiale semble prisonnière de l’urgence, des cycles courts et de la réaction immédiate, l’existence d’un acteur capable de penser, d’investir et de protéger dans la durée relève presque de la singularité stratégique. Pour le Maroc, cet acteur existe. Il s’appelle la Caisse de Dépôt et de Gestion.

Depuis plus de six décennies, la CDG s’est imposée comme l’une des colonnes vertébrales silencieuses de l’édifice national. Elle n’a jamais revendiqué le premier rôle, mais elle a assumé les fonctions les plus lourdes ; celles qui exigent de la patience, de la continuité et une vision affranchie des contingences conjoncturelles. Là où d’autres institutions arbitrent dans l’instant, la CDG raisonne en générations.

Une institution fondatrice, gardienne de la confiance collective

Son histoire épouse celle de la construction de l’État moderne. Lorsque le Maroc indépendant devait se doter d’outils financiers robustes, capables de canaliser l’épargne nationale, de sécuriser les dépôts et d’orienter l’investissement vers des projets structurants, la CDG fut de ceux qui ont posé les premières pierres. Elle a accompagné l’essor du système bancaire, soutenu l’aménagement urbain, financé des infrastructures essentielles, contribué à l’émergence de pôles économiques qui, à leur lancement, relevaient davantage de la projection que de l’évidence.

Mais son rôle le plus sensible, et peut-être le plus méconnu, demeure celui de gardienne de la confiance sociale. Gérer les régimes de retraite, protéger l’épargne de long terme, garantir que les efforts d’une vie ne soient pas exposés aux aléas des marchés ou aux soubresauts économiques, c’est assumer une responsabilité qui dépasse largement les logiques financières. C’est un engagement moral, presque contractuel, entre l’institution et la société.

La force de la CDG tient précisément à cette culture de la retenue. Elle n’a jamais cédé à la tentation du spectaculaire. Elle ne s’inscrit pas dans la logique du rendement immédiat ni dans celle de la communication performative. Son action se lit dans la stabilité qu’elle a contribué à instaurer, dans la résilience de secteurs entiers, dans la continuité de politiques publiques qui auraient difficilement survécu sans un investisseur patient, capable d’absorber le temps long.

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Le temps long comme réponse aux défis du Maroc de demain

Or, le Maroc entre aujourd’hui dans une séquence décisive de son histoire économique et sociale. Les défis ne manquent pas et, surtout, ils se superposent. Transition énergétique, mutation urbaine accélérée, montée en puissance de l’économie de la connaissance, extension de la protection sociale, adaptation aux contraintes climatiques, renforcement de la cohésion territoriale ; aucun de ces chantiers ne peut être traité isolément ni confié exclusivement aux mécanismes du marché.

C’est ici que la mission de la CDG prend toute sa dimension stratégique. Le marché sait allouer efficacement le capital lorsque la rentabilité est lisible et rapide. Il est beaucoup moins à l’aise lorsqu’il s’agit de financer l’infrastructure sociale, d’anticiper des rendements différés, de corriger des déséquilibres territoriaux ou de soutenir des secteurs dont l’utilité collective dépasse la profitabilité immédiate. Ces angles morts du capitalisme contemporain appellent des institutions capables de conjuguer rationalité économique et responsabilité publique.

La CDG est de celles-là justement. Elle a souvent été la première à investir là où le risque paraissait excessif, et la dernière à se retirer lorsque les cycles devenaient défavorables. Cette constance, loin d’être une inertie, a permis d’amortir des chocs, d’éviter des ruptures et de donner au pays le temps nécessaire pour consolider ses choix.

Aujourd’hui, trois horizons se dessinent avec netteté pour son action. D’abord, la souveraineté. Dans un monde fragmenté, où la sécurité financière, énergétique et sociale devient un enjeu géopolitique à part entière, protéger l’épargne nationale et stabiliser les secteurs sensibles relève d’un impératif stratégique. Ensuite, la transition. Le Maroc ne pourra différer indéfiniment les investissements lourds requis par la décarbonation, les infrastructures résilientes et l’adaptation climatique. Ces projets exigent du capital patient, capable d’accepter des horizons de retour étendus.

Enfin, l’ouverture. Un pays attractif est un pays qui inspire confiance sur la durée. La capacité à offrir des partenariats solides, des zones économiques viables et un environnement institutionnel stable constitue un avantage comparatif majeur dans la compétition internationale. Ces trois axes ne sont pas disjoints. Ils traduisent une même ambition, celle d’un Maroc qui ne subit pas le temps, mais qui l’organise.

À l’ère de l’instantanéité et de la volatilité, les nations qui durent sont celles qui s’appuient sur des institutions capables de résister à la dictature de l’urgence. La CDG appartient à cette catégorie rare. Elle n’a pas vocation à séduire ni à rassurer par le discours. Elle rassure par les actes, par la continuité, par la solidité de ses engagements.

Le Maroc de demain aura besoin d’innovation, d’audace et de modernité, certes. Mais il aura tout autant besoin de ses forces tranquilles qui savent évoluer sans se renier, se transformer sans perdre leur boussole. La Caisse de Dépôt et de Gestion est l’une d’elles, discrète, structurante, essentielle. Une institution de la durée, au service d’un pays qui avance.

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