Participation politique des femmes au Maroc, d’une présence marginale à un enjeu démocratique
Malgré l’existence de figures féminines influentes dans l’histoire du Maroc, la représentation politique des femmes est longtemps demeurée marginale, freinée par de nombreux obstacles. Aujourd’hui, grâce aux réformes et aux politiques publiques, leur présence sur la scène politique est désormais reconnue comme un enjeu démocratique majeur.
Bien avant l’instauration des institutions modernes, la femme marocaine a marqué de son empreinte la vie politique et sociale du pays. Des figures historiques comme Zaynab Nefzaouia, Khnata Bent Bekkar ou encore la princesse Lalla Aicha témoignent d’un engagement ancien. Pourtant, malgré cette présence précoce, l’accès formel des femmes aux institutions représentatives a été tardif. Ce n’est qu’en 1993 que deux femmes, Badiaa Skalli de l’Union socialiste des forces populaires et Latifa Bennani Smires du Parti de l’Istiqlal, font leur entrée au Parlement marocain.
L’adoption de la première Constitution en 1962 marque un tournant juridique en accordant aux femmes des droits politiques à travers l’article 8. Toutefois, ces droits sont restés largement théoriques pendant plusieurs décennies, faute de mécanismes favorisant leur traduction concrète. Les femmes demeuraient absentes des centres décisionnels, reléguées aux marges d’un champ politique dominé par les hommes. Néanmoins, la question féminine s’est progressivement imposée comme une problématique politique à part entière, portée par les luttes féministes et les mutations sociales.
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Les chiffres illustrent cette lente progression. En 1963, seules 16 femmes se présentent parmi 690 candidats aux élections législatives. En 1997, le taux de femmes élues ne dépasse pas 0,66 %, avant de retomber à 0,5 % après le renouvellement partiel de la deuxième Chambre. À la veille des élections de 2002, seules deux femmes siégeaient à la Chambre des représentants. C’est l’adoption de quotas, entre 10 et 20 %, par les partis politiques au début des années 2000, sous l’impulsion du mouvement féministe et du Plan d’action national pour l’intégration de la femme de 1998, qui amorce un changement notable. En 2002, 35 femmes sont élues sur 325 sièges, portant la représentation féminine à 10,77 %.
Aujourd’hui, la participation politique des femmes figure parmi les priorités gouvernementales. Intervenant à la Chambre des représentants, la ministre de la Solidarité, de l’Insertion Sociale et de la Famille, Mme Naima Ibn Yahia, a mis en avant le programme « Moucharaka », visant à renforcer l’implication des femmes à l’horizon des échéances électorales de 2026 et 2027. Ce programme repose sur la formation des femmes membres des partis politiques, le soutien aux organisations féminines partisanes et la réalisation d’études universitaires pour identifier les leviers d’amélioration de la représentation féminine.
Ces actions s’inscrivent dans une dynamique nationale, conforme aux Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, notamment celles appelant à renforcer la représentation des femmes et leur accès aux postes de décision.

