28 000 fonctionnaires sur le départ, quel avenir pour les services publics ?
Au-delà d’un simple renouvellement d’effectifs, la vague de départs annoncée dans les collectivités territoriales pose la question de la soutenabilité du modèle de gestion locale. Statut, incitations et attractivité des carrières s’imposent désormais comme des leviers centraux de réforme.
La fonction publique territoriale au Maroc se trouve à la croisée des chemins, confrontée à un défi démographique d’une ampleur inédite qui menace la pérennité et la qualité des services publics décentralisés. L’annonce, relayée par le ministre de l’Intérieur, M. Abdelouafi Laftit, d’un départ massif de 28 000 fonctionnaires des collectivités territoriales au cours des cinq prochaines années, met en lumière une crise structurelle nécessitant une réponse législative et incitative prompte et résolue.
Ce départ massif, dû à l’atteinte de la limite d’âge par une cohorte significative d’agents, impose une réflexion profonde sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) au niveau local. Si l’engagement ministériel de pourvoir au moins 15 000 postes vacants sur cette période quinquennale constitue une réponse palliative nécessaire pour garantir la continuité des services publics, il ne saurait occulter l’impératif d’une refonte statutaire globale. Le remplacement de près de 60% des effectifs partants, bien qu’ambitieux, doit s’accompagner de mesures visant à endiguer la désaffection chronique dont souffre ce pan de l’administration.
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Le diagnostic posé par les représentants syndicaux et professionnels corrobore cette urgence. Hassan Belboudali, président de l’Association nationale des fonctionnaires des collectivités territoriales au Maroc, a défini les deux piliers fondamentaux sur lesquels doit reposer toute réforme substantielle : l’instauration d’une justice salariale effective et l’amélioration tangible du cadre professionnel et administratif des agents. Dans une déclaration accordée à Assabah dans son édition du jeudi 15 janvier, M. Belboudali a insisté sur le fait que la problématique du renouvellement des effectifs ne pourra être résolue de manière pérenne qu’à travers une révision du statut qui non seulement clarifie les missions et les fonctions, mais qui offre également des perspectives de motivation et de stabilité professionnelle accrues.
L’attractivité de la fonction publique communale est aujourd’hui largement entravée par des conditions jugées peu propices à l’épanouissement professionnel. Il est symptomatique que les lauréats des universités, des instituts supérieurs et des grandes écoles délaissent les carrières au sein des collectivités territoriales, leur préférant la fonction publique d’État, perçue comme un tremplin plus fiable pour le développement de leur parcours et l’amélioration de leur situation sociale. Ce déséquilibre dans l’attraction des hauts potentiels est préjudiciable à la modernisation et à l’efficacité de l’administration locale.
Pour inverser cette tendance et capter les compétences nécessaires à l’impulsion d’une gouvernance locale rénovée, l’amélioration du système d’incitations s’avère cruciale, selon les experts. L’appel à une revalorisation financière, administrative et professionnelle est un leitmotiv qui souligne la nécessité d’aligner les conditions d’exercice sur les standards requis pour des missions de service public de qualité.
Face à ces enjeux, le ministre de tutelle a signalé l’adoption d’une approche participative pour l’élaboration de la réglementation spécifique au personnel communal, suite à une série de concertations avec les partenaires sociaux. Cette démarche de concertation sociale est essentielle pour garantir l’adhésion des parties prenantes et la légitimité du futur cadre normatif.

