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Nouvel An amazigh, un héritage vivant au cœur de l’identité marocaine

Longtemps célébré dans l’intimité des foyers et des villages, Yennayer (Nouvel An amazigh) s’affirme désormais comme un repère officiel de l’identité marocaine. En entrant dans l’an 2976, le Royaume consacre une mémoire amazighe pluriséculaire et rappelle que son unité nationale s’est construite par la reconnaissance de toutes ses composantes.

Aujourd’hui, le Maroc n’entre pas seulement dans une nouvelle année amazighe. Il franchit le seuil de l’an 2976 d’un calendrier désormais reconnu comme partie intégrante de l’identité nationale. Depuis 2024, Yennayer est officiellement célébré comme fête nationale, à la suite de la Décision Royale. Un geste fort, à la fois symbolique et politique, qui consacre une mémoire longtemps transmise par la tradition orale.

Dans le préambule de la Constitution de 2011, le Maroc se définit comme une Nation forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. Yennayer donne un sens à cette définition. Il souligne que l’unité nationale marocaine s’appuie sur la reconnaissance et la valorisation de sa diversité.

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Le calendrier amazigh, encore en usage dans certaines zones rurales, est avant tout un calendrier agraire, structuré par les cycles agricoles et saisonniers. Il structure le temps selon les saisons, les récoltes et les besoins agricoles. Son origine précise demeure difficile à dater, en raison du peu de sources écrites disponibles. La référence à l’an 950 avant J.-C., correspondant à l’accession au pouvoir du pharaon Sheshonq Ier, est une construction contemporaine, apparue dans les années 1970-1980. Mais cette lecture historique n’enlève rien à l’essentiel : Yennayer est un héritage vivant, façonné par des siècles de pratiques agricoles, de rites de protection et de croyances liées à l’abondance et à la fertilité.

Aujourd’hui, sa reconnaissance officielle dépasse la dimension culturelle. Elle traduit une volonté d’inscrire l’histoire du pays dans son présent institutionnel. L’émission de billets commémoratifs intégrant les caractères tifinagh en témoigne. Yennayer devient ainsi un symbole d’inclusion et de continuité dans la construction de l’identité nationale.

Dans les foyers, Yennayer reste avant tout un moment de transmission. Autour de l’Imensi n Yennayer (dîner de Yennayer), le repas devient un langage symbolique : couscous, berkoukes, crêpes et beignets incarnent l’abondance espérée. Les rituels de purification, les vêtements traditionnels et les gestes transmis aux enfants rappellent que la mémoire ne survit que si elle est vécue.

En célébrant Yennayer, le Maroc ne regarde pas uniquement vers son passé. Il affirme une vision, celle d’un pays capable de faire de sa diversité une force, et de sa mémoire un levier d’unité.

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