L’Économiste

De la disponibilité d’un produit au paiement : PRISM Management mise sur l’IA

PRISM Management veut faire passer l’intelligence artificielle du simple rôle d’assistant conversationnel à celui de véritable outil de vente. Avec son agent IA déjà déployé chez Mr. Bricolage Maroc, la jeune entreprise mise sur l’intégration de la donnée, des stocks, du catalogue et des commandes pour fluidifier l’ensemble du parcours e-commerce.

Dans l’e-commerce, l’intelligence artificielle commence à sortir du rôle dans lequel elle a longtemps été cantonnée, celui de répondre aux questions des internautes. PRISM Management veut aller beaucoup plus loin en l’intégrant directement dans le parcours commercial. La jeune entreprise construit et exploite des écosystèmes de vente en ligne complets, de la plateforme à la gestion des stocks, en passant par le référencement, la logistique, la publicité et l’après-vente. Une approche qui repose sur le principe de réunir toute la chaîne e-commerce entre les mains d’un seul interlocuteur.

«Notre promesse tient en une phrase : tout l’e-commerce, une seule main», résume Souleiman Benjelloun.

L’idée est moins de proposer une technologie isolée que d’agir sur les différentes briques qui conditionnent réellement une vente en ligne. La vitrine la plus visible de cette stratégie est aujourd’hui un agent d’intelligence artificielle dédié à la vente. Déployé chez Mr. Bricolage Maroc sous le nom d’«Allo Mr. Brico», il ne s’agit pas d’un simple développement réalisé pour une seule enseigne. PRISM entend industrialiser ce produit et l’adapter aux spécificités de chaque secteur. Le socle reste commun, tandis que l’intelligence métier évolue en fonction des produits, des usages et des attentes des consommateurs.

Faire de WhatsApp un canal de vente
Le point de départ est pourtant beaucoup plus simple que la technologie elle-même. Les clients sollicitaient déjà les enseignes sur WhatsApp, notamment le soir ou le week-end, pour connaître la disponibilité d’un produit, trouver une alternative ou savoir quel équipement choisir pour réaliser un projet. PRISM aurait pu automatiser les réponses les plus courantes. L’entreprise a préféré construire un outil capable de poursuivre la conversation jusqu’à l’acte d’achat. «Répondre “oui, en stock à Marrakech” règle une question, mais ça ne fait pas vendre», explique Souleiman Benjelloun. Le parti pris consiste donc à faire raisonner l’agent sur le besoin exprimé plutôt que sur une simple référence produit.

L’utilisateur peut décrire ce qu’il souhaite réaliser et recevoir des propositions adaptées. L’agent compare les produits, consulte leur disponibilité magasin par magasin, établit un devis, constitue un panier, passe une commande ou en suit l’avancement. Certaines modifications peuvent également être effectuées directement dans la conversation. Sur WhatsApp, le système est en mesure de traiter des notes vocales et des photos. L’enjeu est de réduire les ruptures dans le parcours. «Il ne raconte pas ce qu’il faudrait faire, il le fait», résume le dirigeant. Une nuance importante : l’outil n’est plus seulement conçu comme un support client, mais comme une interface commerciale connectée aux systèmes de l’entreprise.

La donnée, véritable nerf de la guerre
Derrière cette promesse, PRISM insiste toutefois sur un élément moins spectaculaire : la qualité de la donnée. Un modèle d’intelligence artificielle, aussi performant soit-il, ne peut pas recommander correctement un produit si le catalogue est incomplet, si les stocks sont erronés ou si les règles commerciales ne lui sont pas accessibles.

«Un modèle, tout le monde peut en acheter un. Ce qui fait la différence, c’est la donnée métier», souligne Souleiman Benjelloun.

Chez Mr. Bricolage Maroc, les prix, les promotions et les stocks de plus de 30.000 références sont repris automatiquement du système de gestion commerciale. La disponibilité est distinguée pour chacun des onze magasins ainsi que pour le dépôt national. Le catalogue a parallèlement été enrichi afin de mieux préciser les usages des produits, leurs caractéristiques et leurs limites. Cette matière alimente ensuite plusieurs fonctions : les fiches du site, la recherche, le référencement et l’agent de vente.

La recherche sémantique permet, par exemple, de comprendre une intention même lorsque les termes utilisés par le client ne correspondent pas exactement à ceux du catalogue. Une requête «nourriture labrador» peut ainsi faire remonter des croquettes, là où une recherche fondée uniquement sur les mots-clés pouvait ne trouver aucun résultat. Le système peut également interpréter une phrase entière ou intégrer certains termes en darija.

Plus qu’un chatbot
C’est aussi ce qui différencie le positionnement revendiqué par PRISM de celui d’un simple éditeur de chatbot. L’agent conversationnel n’est qu’une pièce d’un ensemble plus large. Autour de lui gravitent notamment l’enrichissement du catalogue, la recherche intelligente, la recommandation de produits complémentaires, la gestion logistique et les outils de pilotage destinés aux équipes des magasins. L’entreprise propose d’ailleurs deux niveaux d’intervention. Elle peut déployer uniquement son agent auprès d’une société disposant déjà de son infrastructure e-commerce, ou prendre en charge l’ensemble de la plateforme, depuis sa construction jusqu’à son exploitation quotidienne.

Dans les deux cas, le modèle économique repose sur un coût de mise en place, suivi d’un abonnement mensuel couvrant la maintenance et les évolutions correctives. Cette intégration permet aussi de poser des garde-fous. Les prix, les stocks ou les statuts de commande ne sont pas laissés à l’appréciation du modèle, ils sont récupérés dans les systèmes de l’enseigne. Chaque commande passée par l’agent est identifiée et les modifications restent traçables. Lorsque certaines opérations nécessitent une intervention humaine, le client est orienté vers l’équipe concernée.

Premiers résultats et changement d’échelle
Les résultats de PRISM donnent déjà une première mesure de l’usage. Sur la période où l’entreprise a repris et exploité la plateforme, le chiffre d’affaires e-commerce mensuel a été multiplié par trois. En août 2026, le canal passant par l’agent représentait 19% du chiffre d’affaires e-commerce et 14% des commandes. Le panier moyen y était supérieur de 30% à celui enregistré sur le reste du canal digital. Reste désormais à démontrer que ce modèle peut être reproduit dans d’autres univers. Car l’ambition de PRISM n’est pas de construire un assistant spécialisé dans le bricolage.

Le principe est de conserver la même infrastructure tout en reconstruisant l’intelligence métier selon le secteur : les besoins d’un client qui aménage une pièce ne sont évidemment pas ceux d’un consommateur qui achète des produits cosmétiques. Cette montée en puissance pose aussi la question de la place de l’humain. Sur ce point, Souleiman Benjelloun défend une ligne claire : «L’IA vend, l’équipe garde le contrôle». Une formule qui résume finalement le positionnement recherché par PRISM : faire de l’intelligence artificielle non pas une couche supplémentaire posée sur un site marchand, mais une brique connectée à l’ensemble de la chaîne commerciale.

S.L.

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