Economie

le marché primaire est-il en train de renaître ?

Après plusieurs exercices marqués par une quasi-stagnation des introductions en Bourse, le marché primaire marocain semble retrouver des couleurs. La Bourse de Casablanca, longtemps pénalisée par un déficit de nouvelles signatures et une liquidité structurellement limitée, enregistre depuis peu un regain d’activité. Ce mouvement, encore fragile, soulève une question centrale : s’agit-il d’un simple cycle opportuniste ou d’un véritable redémarrage structurel ?

Historiquement, le marché actions marocain a connu des phases contrastées. Après l’euphorie des années 2006-2008, puis le ralentissement post-crise financière mondiale, les IPO se sont raréfiées. Plusieurs facteurs expliquent cette atonie : valorisations jugées peu attractives par les émetteurs, exigences réglementaires accrues, concurrence du financement bancaire et faible profondeur du marché institutionnel domestique. Or, les signaux récents traduisent un changement de climat.

Un contexte macroéconomique plus porteur

Le redressement progressif de la croissance, la normalisation monétaire et la visibilité accrue sur les grands chantiers structurants – transition énergétique, infrastructures, industrie exportatrice – contribuent à restaurer la confiance des investisseurs. Le Maroc bénéficie d’une trajectoire d’investissement soutenue, appuyée par des politiques publiques ambitieuses et une intégration renforcée aux chaînes de valeur régionales.

Dans ce contexte, la Bourse redevient un instrument crédible de financement long terme. Les entreprises, notamment familiales ou issues de secteurs en consolidation, y voient un double levier : lever des fonds et institutionnaliser leur gouvernance. Par ailleurs, la base d’investisseurs institutionnels notamment les assurances, les caisses de retraite, l’OPCVM, dispose de poches de liquidité importantes en quête de rendement dans un environnement obligataire moins attractif qu’au pic des taux. Cette pression à l’allocation en actions crée une fenêtre favorable aux émetteurs.

Contrairement aux vagues passées, la nouvelle génération d’introductions semble davantage orientée vers des profils solides : entreprises rentables, modèles d’affaires éprouvés, perspectives de croissance identifiables. Les investisseurs se montrent plus disciplinés sur les valorisations et la qualité de la gouvernance. Cette sélectivité est saine. Elle reflète une maturation du marché plutôt qu’un emballement spéculatif. Le taux de sursouscription observé lors de certaines opérations récentes témoigne d’une demande latente, mais également d’un calibrage plus prudent des offres.

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La question clé demeure celle de la profondeur. Le flottant proposé reste souvent limité, ce qui restreint la liquidité secondaire. Or, un marché primaire dynamique ne peut prospérer durablement sans un marché secondaire fluide.

Malgré ces signaux positifs, plusieurs contraintes structurelles subsistent comme : la culture financière limitée auprès des PME et ETI, encore réticentes à ouvrir leur capital. La préférence historique pour l’endettement bancaire, facilité par un système financier robuste. La concentration sectorielle de la cote, dominée par les banques, télécoms et holdings.

À titre de comparaison, des places comme Bourse de Tunis ou Egyptian Exchange ont connu, ces dernières années, des cycles d’introductions plus soutenus, bien que dans des contextes macroéconomiques parfois plus volatils. Le Maroc conserve toutefois un avantage en matière de stabilité réglementaire et de crédibilité institutionnelle.

Vers un changement de paradigme ?

Le véritable test résidera dans la capacité à maintenir un flux régulier d’opérations sur plusieurs années, y compris dans des secteurs émergents : énergies renouvelables, agro-industrie à forte valeur ajoutée, services technologiques, santé privée.

Le développement du marché alternatif, l’amélioration de l’environnement fiscal des placements en actions et l’élargissement de la base d’investisseurs, notamment via une participation accrue des particuliers, seront déterminants.

La dynamique actuelle pourrait ainsi marquer le début d’un nouveau cycle, à condition qu’elle s’inscrive dans une stratégie cohérente de financement de l’économie productive. Le marché primaire marocain ne connaît pas encore une renaissance pleine et entière, mais les signaux de réactivation sont tangibles. Nous assistons moins à un emballement qu’à une reconstruction progressive de la confiance. La Bourse ne redeviendra un canal majeur de financement que si elle parvient à conjuguer trois impératifs : profondeur, transparence et régularité des opérations.

Dans un contexte où le Maroc ambitionne d’accélérer son industrialisation et d’attirer davantage de capitaux internationaux, la vitalité du marché primaire n’est pas un simple indicateur financier ; elle constitue un baromètre de maturité économique.

La question n’est donc plus seulement de savoir si le marché renaît, mais s’il saura s’institutionnaliser durablement.

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