une liquidité sous pression, mais maîtrisée
Le déficit de liquidité bancaire poursuit son creusement, atteignant en moyenne 144,13 milliards de dirhams, en hausse de 2,75% sur une semaine. Cette dégradation confirme une tension structurelle persistante, alimentée par les sorties nettes de liquidité et la montée en puissance des besoins du système bancaire.
Face à cette situation, Bank Al-Maghrib ajuste prudemment son dispositif. Les avances à 7 jours reculent de 5,6 MMDH pour s’établir à 52,2 MMDH, signal clair d’une volonté de ne pas sur-alimenter le marché en liquidité tout en évitant un choc brutal. L’anticipation d’une nouvelle baisse à 50,4 MMDH lors de la prochaine période confirme ce pilotage graduel.
Dans le même temps, le Trésor intensifie ses placements, avec un encours quotidien maximal porté à 15,1 MMDH, contre 12,2 MMDH précédemment. Cette hausse contribue mécaniquement à absorber une partie de la liquidité excédentaire ponctuelle, renforçant la pression sur le marché monétaire à court terme.
Malgré ces ajustements, les taux interbancaires restent remarquablement stables. Le TMP se maintient à 2,25%, parfaitement aligné sur le taux directeur, tandis que le MONIA progresse légèrement à 2,246%. Cette dynamique traduit un marché sous tension, mais toujours bien ancré dans le corridor de politique monétaire, signe que la banque centrale conserve la main sur la formation des taux courts.
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Marché obligataire : une courbe fragmentée et des signaux contradictoires
Sur le marché secondaire, la semaine a été marquée par une évolution contrastée de la courbe des taux, révélatrice d’arbitrages tactiques des investisseurs. Les maturités longues ont enregistré une légère remontée des rendements, avec +2,67 pbs sur le 10 ans et +1,49 pbs sur le 5 ans, traduisant une prudence persistante sur les anticipations de taux à moyen et long terme.
À l’inverse, la partie courte de la courbe s’est appréciée, avec des replis significatifs des rendements sur le 2 ans (-2,9 pbs), le 52 semaines (-1,2 pbs) et le 26 semaines (-1,17 pbs). Ce mouvement reflète une demande soutenue pour les maturités courtes, perçues comme moins exposées au risque de normalisation graduelle des conditions financières.
Le fait marquant de la période reste toutefois la séance blanche du Trésor, qui n’a procédé à aucune levée, malgré une offre de 10,7 MMDH répartie sur les maturités 26 semaines, 2 ans et 10 ans. Cette décision, loin d’être anodine, traduit une volonté explicite de reprendre la main sur la formation des taux et de contenir toute dérive haussière jugée excessive.
En refusant d’allouer à des niveaux de rendement non alignés avec ses objectifs, le Trésor envoie un signal clair : le financement budgétaire ne se fera pas à n’importe quel prix. Ce positionnement pourrait contribuer à ancrer les anticipations et expliquer le biais haussier attendu du marché obligataire à court terme, dans un contexte de rareté relative de l’offre.
Équilibre fragile, mais sous contrôle
Au total, la configuration actuelle des marchés monétaire et obligataire reflète un équilibre délicat entre tension et discipline. D’un côté, la liquidité se raréfie et les arbitrages se multiplient ; de l’autre, les autorités monétaires et budgétaires conservent une capacité d’intervention crédible, limitant les risques de dérapage désordonné des taux.
Pour les investisseurs, l’environnement reste favorable aux stratégies de portage sur les maturités courtes, tout en appelant à une vigilance accrue sur la partie longue de la courbe. À court terme, la stabilité du cadre monétaire et la fermeté du Trésor devraient continuer à contenir la volatilité, dans l’attente de signaux macroéconomiques plus structurants.

