Législatives 2026: pourquoi Fouzi Lekjaa
L’adhésion de Fouzi Lekjaa au Parti authenticité et modernité aura suffi pour réveiller les procès d’intention. Sur les réseaux sociaux comme dans certaines déclarations politiques, plusieurs voix présentent déjà son arrivée au PAM comme la preuve que les prochaines élections seraient jouées d’avance et que le parti serait assuré de les remporter.
Ce discours n’est pourtant pas nouveau. En 2016, le PJD et ses relais numériques affirmaient déjà que la participation aux élections ne servirait à rien, puisque le PAM, alors dirigé par Ilyas El Omari, bénéficierait du soutien de « l’État profond ». Le résultat des urnes avait démenti ces prédictions : le PJD avait remporté les législatives.
Dix ans plus tard, les mêmes mécanismes refont surface. Des responsables politiques comme Aziz Akhannouch, Abdelilah Benkirane ou Nabil Benabdellah focalisent aujourd’hui le débat sur Fouzi Lekjaa et les intentions qu’ils lui prêtent. Une manière commode de détourner l’attention de la véritable question : quel bilan peuvent-ils présenter aux Marocains ?
Avant d’expliquer aux citoyens pourquoi ils ne devraient pas faire confiance à un nouvel acteur politique, encore faudrait-il répondre des résultats des gouvernements auxquels ces responsables et leurs partis ont participé.
Pourquoi le pouvoir d’achat reste-t-il au cœur des préoccupations des familles ? Pourquoi le chômage demeure-t-il aussi élevé, particulièrement chez les jeunes ? Pourquoi la confiance envers les partis et les institutions politiques s’est-elle progressivement érodée ?
Ce sont ces questions qui devraient structurer le débat public. Une démocratie ne se résume pas aux spéculations sur les ambitions des uns ou aux procès d’intention intentés aux autres. Elle repose d’abord sur la confrontation des programmes, l’évaluation des résultats et la reddition des comptes.
Certains présentent pourtant Fouzi Lekjaa comme le symbole d’un prétendu arrangement destiné à le conduire à la tête du gouvernement. Mais les faits invitent à relativiser cette accusation.
Car Fouzi Lekjaa n’est pas apparu soudainement dans les couloirs de l’État. Avant d’entrer au gouvernement, il avait déjà consacré plus de deux décennies à l’administration des Finances. Inspecteur des finances dès 1996, il a gravi progressivement les échelons jusqu’à prendre la direction du Budget en 2011. Son parcours est celui d’un commis de l’État rompu aux dossiers techniques, aux arbitrages budgétaires et au fonctionnement de l’administration publique.
Depuis sa nomination au ministère du Budget en 2021, Fouzi Lekjaa a piloté les finances publiques dans une conjoncture difficile, marquée par l’inflation, la sécheresse et le financement des réformes sociales. Malgré ces contraintes, le déficit a été maîtrisé, les recettes fiscales ont progressé et les administrations financières ont gagné en efficacité.
Dans le football aussi, les résultats sont là. Sous sa présidence, les Lions de l’Atlas ont atteint les demi-finales du Mondial 2022, les U23 ont remporté le bronze olympique et les sélections de jeunes ont multiplié les performances. Le Maroc est également passé au 6e rang mondial.
Fouzi Lekjaa possède donc une expérience, un parcours et un bilan. Peut-on prétendre qu’il arrive sans résultats ?
Dès lors, pourquoi pas Fouzi Lekjaa ? Pourquoi son entrée en politique serait-elle plus suspecte que celle de responsables qui cumulent depuis des années les fonctions gouvernementales et partisanes ?
Aziz Akhannouch participe à son quatrième gouvernement. Nizar Baraka et Nabil Benabdellah ont chacun exercé des responsabilités au sein de plusieurs Exécutifs. Le PJD a, pour sa part, dirigé le gouvernement pendant deux mandats successifs. Fouzi Lekjaa, lui, n’a participé jusqu’à présent qu’à un seul gouvernement, en qualité de ministre délégué chargé du Budget.
Il paraît donc paradoxal de présenter comme le représentant du « système » celui qui ne compte qu’une seule expérience gouvernementale, tandis que certains de ceux qui portent cette accusation cumulent plusieurs décennies de présence aux responsabilités.
Pendant des années, les mêmes formations et les mêmes responsables se sont succédé au pouvoir. Aujourd’hui, ils voudraient convaincre les Marocains que le problème résiderait dans l’arrivée d’un nouvel acteur sur la scène partisane.
Le débat doit être remis à l’endroit. Fouzi Lekjaa devra naturellement présenter un projet, défendre des propositions et répondre de son propre bilan. Son adhésion au PAM ne lui accorde ni victoire automatique ni immunité politique. Mais ses adversaires doivent, eux aussi, accepter de rendre des comptes.
On ne peut pas réclamer une nouvelle fois la confiance des électeurs en se contentant d’agiter la menace d’un concurrent. On ne peut pas non plus transformer chaque recomposition politique en preuve d’un scrutin verrouillé avant même que les citoyens aient voté.
Le temps des promesses, des accusations faciles et des scénarios écrits d’avance est terminé. Les Marocains attendent des réponses concrètes sur l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation et la qualité des services publics.
Lors des prochaines élections, ils ne jugeront pas seulement les discours ni les étiquettes. Ils jugeront les réalisations, les échecs et la capacité de chacun à proposer une perspective crédible.
Les résultats sont là. Fouzi Lekjaa devra désormais démontrer qu’il peut les transformer en projet politique. Mais à ceux qui demandent déjà pourquoi lui, une autre question mérite d’être posée : pourquoi pas lui ?
S.L.
A regarder aussi

