Concentration économique : Le Maroc face au défi de la convergence régionale
Décrypté par l’«Italian Institute For International Political Studies»
Le cas de Casablanca.
«Italian Institute For International Political Studies» consacre dans une dernière analyse baptisée « The Pursuit of Smart Mobility in Urban Nodes: Trends and Innovation for Citizens and Freight» un chapitre au Maroc. Cette partie braque les projecteurs sur la concentration économique, notamment le cas de Casablanca et la convergence régionale. Les détails.
L’Institut italien d’études politiques internationales (ISPI) dédie un chapitre au Maroc dans un récent rapport intitulée «The Pursuit of Smart Mobility in Urban Nodes: Trends and Innovation for Citizens and Freight». L’étude analyse les dynamiques de concentration de l’activité économique, le rôle des grands pôles urbains dans la création de richesse et les défis liés au rééquilibrage territorial. Elle s’intéresse notamment au poids économique de Casablanca-Settat, véritable locomotive de l’économie nationale, et aux conditions nécessaires pour favoriser une meilleure convergence entre les régions marocaines. Les économies d’agglomération ont historiquement favorisé l’industrialisation et l’intégration mondiale en concentrant les entreprises, la main-d’œuvre et les infrastructures dans les pôles urbains dynamiques.
Toutefois, ces mêmes forces ont également engendré des phénomènes persistants de polarisation territoriale. S’appuyant sur les principes de la Nouvelle économie géographique, ce chapitre analyse le développement spatial à travers l’interaction entre les forces centripètes, qui favorisent la concentration, et les forces centrifuges, qui encouragent la dispersion. Dans de nombreux cas, les premières prédominent, donnant naissance à une configuration spatiale auto-entretenue dans laquelle l’activité économique demeure géographiquement concentrée. Dans ce cadre, le chapitre introduit le concept de «piège de polarisation», selon lequel les gains économiques générés dans les différentes régions sont systématiquement réabsorbés par le pôle central à travers les échanges commerciaux, les investissements et les flux de main-d’œuvre. Dès lors, l’amélioration de la connectivité – notamment grâce aux infrastructures de transport et aux nouveaux systèmes de mobilité intelligente – ne favorise pas nécessairement la convergence territoriale. Elle peut, au contraire, renforcer les hiérarchies existantes en bénéficiant de manière disproportionnée aux régions déjà fortement intégrées aux réseaux économiques.
Le cas du Maroc illustre clairement ces dynamiques. La géographie économique du pays se caractérise par une forte asymétrie spatiale : un corridor côtier particulièrement dynamique et intégré à l’économie mondiale coexiste avec un arrière-pays comparativement moins productif. Ce déséquilibre est structurel. La moitié des douze régions du Maroc génère plus de 80% du produit intérieur brut (PIB) national, ce qui témoigne d’une forte concentration de l’activité économique au sein d’un espace territorial restreint. Au cœur de ce système se trouve la région Casablanca-Settat, qui génère à elle seule environ 32,2 % de la richesse nationale et constitue le principal pôle industriel, financier et logistique du pays. Au-delà de sa contribution à la croissance, la polarisation territoriale s’accompagne de disparités régionales persistantes en matière de revenus, de productivité et d’accès aux opportunités. Cette situation reflète une tension plus large au cœur de l’économie spatiale : les forces qui améliorent l’efficacité économique grâce aux effets d’agglomération peuvent, dans le même temps, produire des inégalités territoriales durables.
Ce chapitre examine ainsi si la configuration spatiale du Maroc correspond à une trajectoire de développement optimale ou à un équilibre sous-optimal caractérisé par une polarisation auto-entretenue. Il cherche notamment à déterminer si la concentration de l’activité économique autour de Casablanca continue de jouer le rôle de moteur de la croissance nationale ou si elle est devenue une contrainte structurelle à la convergence et au développement régional inclusif. Pour répondre à cette question, l’analyse adopte une approche fondée sur l’économie spatiale, en mettant l’accent sur les dynamiques d’agglomération, les liens interrégionaux et les inégalités d’accès aux marchés.
Une attention particulière est accordée à Casablanca en tant que ville primatiale, dont la position dominante résulte à la fois d’avantages historiques et de mécanismes cumulatifs toujours à l’œuvre.
Par ailleurs, le chapitre examine les efforts engagés par le Maroc pour évoluer vers un modèle de développement davantage fondé sur les forces centrifuges, notamment à travers les réformes liées à la régionalisation avancée, les investissements massifs dans les infrastructures et les politiques territoriales ciblées. Si ces initiatives témoignent d’une volonté stratégique de rééquilibrage du développement spatial, leur efficacité demeure toutefois conditionnée par les dynamiques structurelles qui sous-tendent le système actuel de relations entre centre et périphérie. Par ailleurs ce document souligne que la relation entre les infrastructures, la mobilité intelligente et la répartition spatiale est intrinsèquement ambivalente.
L’amélioration de la connectivité peut soit réduire, soit renforcer les disparités régionales, selon les structures économiques préexistantes et les conditions institutionnelles. Si l’amélioration de la mobilité permet de réduire les coûts de transport et d’élargir l’accès aux marchés, elle n’entraîne pas automatiquement une convergence entre les territoires. Les régions disposant d’une base productive plus solide, d’une meilleure qualité institutionnelle et d’une intégration plus poussée dans les réseaux économiques sont davantage en mesure de tirer parti de ces gains. Par conséquent, les investissements dans les infrastructures, à eux seuls, sont souvent insuffisants pour résorber les inégalités spatiales profondément ancrées. Le rééquilibrage territorial nécessite donc un ensemble plus large de politiques publiques, comprenant notamment des interventions adaptées aux spécificités de chaque territoire, visant à renforcer les capacités productives locales, à soutenir les écosystèmes industriels et à améliorer l’efficacité institutionnelle dans les régions en retard de développement.
Sans ces mesures complémentaires, les forces de concentration autour des pôles économiques sont susceptibles de persister, même en présence d’améliorations substantielles de la connectivité. En définitive, le développement spatial ne dépend pas uniquement de la configuration des réseaux de transport, mais également de la répartition inégale des capacités entre les territoires. Une croissance plus équilibrée suppose ainsi d’articuler les améliorations de la mobilité avec une transformation économique et institutionnelle plus large.
Source link