Economie

Vers une nouvelle ère de financement au service de la souveraineté

Réunie le 9 février 2026 à Casablanca, la conférence de l’Association professionnelle des sociétés de Bourse a mis en lumière une inflexion stratégique majeure du marché financier marocain. Portée par les autorités économiques et le régulateur, la place boursière ambitionne désormais de s’imposer comme un levier structurant de financement, de souveraineté financière et de transformation économique.

La conférence organisée par l’Association Professionnelle des Sociétés de Bourse, sous le thème « Le marché boursier marocain à l’aube d’une nouvelle ère : quels défis et quelles attentes ? », a marqué un tournant décisif dans l’orientation stratégique de la place financière de Casablanca. Les interventions de Mme Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Économie et des Finances, et de Tarik Senhaji, président de l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC), ont cristallisé une ambition commune : celle de transformer la bourse en un catalyseur d’émergence économique, capable de transcender son rôle traditionnel de baromètre pour devenir un moteur de transformation et de redistribution de la valeur.

L’économie marocaine, forte d’une croissance projetée à 5 % pour l’exercice 2025-2026, s’inscrit désormais dans un cycle d’investissement structurant. Cette vitalité place le Royaume sur une trajectoire d’émergence où le marché des capitaux est appelé à jouer un rôle pivot. Les indicateurs récents témoignent d’une effervescence sans précédent : une capitalisation boursière franchissant le seuil symbolique des 1 000 milliards de dirhams, une appréciation du MASI excédant 60 % en trois ans, et une adhésion historique avec 168 000 particuliers lors de la dernière introduction en bourse. Ces performances ne sont pas de simples occurrences statistiques, mais le reflet d’un retour massif de la confiance, condition sine qua non de l’approfondissement du marché.

Les impératifs de liquidité et de diversification : Une responsabilité systémique

Toutefois, cette dynamique ne saurait occulter des défis structurels persistants. La concentration de la cote sur un nombre restreint de grandes capitalisations impose une réflexion sur l’élargissement du marché aux Petites et Moyennes Entreprises (PME). L’enjeu est de transformer la bourse en un instrument de financement inclusif, capable d’accompagner le tissu entrepreneurial dans sa diversité. À cet égard, la complémentarité entre le marché boursier et l’industrie du capital-investissement devient une priorité stratégique pour alimenter un pipeline d’introductions pérenne.

La problématique de la liquidité demeure au cœur des préoccupations. Loin d’être une simple résultante législative, elle procède d’une construction collective alliant innovation des acteurs privés et réformes institutionnelles. L’introduction imminente des preneurs de marché et des administrateurs d’indices s’inscrit dans cette volonté de dynamiser le marché secondaire. La fiabilité opérationnelle et la maîtrise des risques sont également érigées en piliers de la crédibilité de la place, garantissant un fonctionnement équitable et ordonné, indispensable pour retenir durablement les flux de capitaux.

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Innovations de rupture et rayonnement International

Le paysage financier marocain s’apprête à connaître une mutation profonde avec le lancement du marché à terme, programmé pour le 6 avril prochain. Ce segment offrira des outils de couverture sophistiqués, optimisant la formation des prix et renforçant l’attractivité globale de la place. Cette innovation est le prélude à une diversification accrue des instruments financiers, incluant le développement des fonds cotés (ETF) et des produits dérivés, essentiels pour densifier l’offre d’investissement.

Parallèlement, l’ancrage du Maroc dans les indices internationaux de référence, à l’instar du MSCI, constitue un objectif souverain. Il s’agit de capter les flux d’investissement mondiaux dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur, en misant sur la crédibilité et la visibilité croissante du Royaume. La profondeur du marché, nourrie par des produits innovants et des stratégies d’investissement audacieuses, sera le déterminant de cette réussite internationale.

En définitive, le renouveau du marché boursier repose sur une synergie entre les pouvoirs publics, les régulateurs et les intermédiaires financiers. Les sociétés de bourse, au contact direct des investisseurs, assument une mission d’éducation financière et de conseil responsable, garantissant l’adéquation entre les produits et les besoins des épargnants. L’année 2026 se profile ainsi comme une période charnière où la bourse cesse d’être un simple sujet technique pour devenir l’expression d’un modèle économique résolument tourné vers l’avenir. La réussite de cette mutation structurelle est une ambition nationale, portée par des fondamentaux solides et une volonté réformatrice inébranlable.

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