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Renouvellement politique au Maroc : une équation encore irrésolue

La scène politique marocaine semble en perte de substance. Une partie croissante des citoyens fait le constat d’un déficit en matière d’élite politique compétente et crédible. Entre l’absence de figures charismatiques et la faible intégration des jeunes dans les mécanismes de représentation, la question du renouvellement politique s’impose comme un enjeu central pour l’avenir de la société marocaine.

Pour beaucoup, disposer d’une véritable classe politique est devenu un idéal lointain, presque un rêve collectif. Le Maroc traverse ce que nombre d’observateurs décrivent comme un vide politique profond, caractérisé par l’absence d’acteurs capables de porter une vision structurée, de défendre des idées fortes et de susciter une adhésion populaire durable. Les mêmes profils reviennent régulièrement sur le devant de la scène, avec des discours perçus comme répétitifs et des propositions jugées déconnectées des réalités actuelles.

Dans ce contexte, une lassitude citoyenne s’exprime face à des slogans qualifiés de « politiques », mais souvent jugés creux et éloignés des préoccupations sociales. Le déficit de leadership charismatique est fréquemment évoqué. Aux yeux de nombreux électeurs, la scène politique est occupée par des figures perçues comme ordinaires, peinant à inspirer, à mobiliser ou à défendre efficacement les attentes des Marocains.

Or, la politique, en particulier dans un contexte marqué par des transitions économiques, sociales et géopolitiques, requiert des figures capables d’incarner une direction et de fédérer. Elle appelle des leaders – femmes et hommes – dotés d’une forte personnalité, éloquents et porteurs d’une vision mobilisatrice. Le sociologue Max Weber évoquait la notion de « domination charismatique » pour désigner une autorité fondée sur les qualités personnelles exceptionnelles d’un individu et sur la confiance qu’il inspire. En l’absence de ce type de leadership, la vie politique peine à susciter l’enthousiasme et à générer une dynamique collective.

Ce déficit se reflète notamment dans la faible participation de la jeunesse aux processus électoraux. Selon les données du Haut-Commissariat au Plan, seuls 33,6 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans étaient inscrits sur les listes électorales en 2021, contre 94,4 % chez les citoyens de 60 ans et plus.

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Toutefois, la réponse à cette situation ne saurait se limiter à une stratégie de séduction visant à attirer, de manière superficielle, les jeunes vers les partis politiques ou la vie publique. L’intégration de profils insuffisamment formés, dépourvus de vision claire ou de motivation réelle au service de l’intérêt général, risquerait de reproduire les mêmes impasses. Le Maroc n’a pas besoin d’un simple renouvellement générationnel déconnecté des défis structurels du pays. Combler un vide par un autre ne constitue pas une solution durable.

Ce dont le pays a besoin, selon de nombreux analystes, c’est d’une jeunesse formée, ambitieuse et politiquement consciente. Une jeunesse qui s’intéresse à la chose publique et qui considère l’engagement politique comme un levier de transformation. Des profils dotés d’outils intellectuels solides, capables d’analyse critique, et issus de milieux sociaux, culturels et professionnels diversifiés. Cette pluralité des parcours constitue un atout essentiel pour bâtir une classe politique crédible et représentative.

Publié en février 2025, un rapport de la Friedrich Ebert Stiftung – Maroc, intitulé « L’engagement politique des jeunes au Maroc : entre désillusion, nouvelles formes d’implication et perspectives d’avenir », souligne que la participation des jeunes aux mécanismes politiques formels – élections, partis – demeure limitée. En parallèle, une implication croissante s’observe dans des formes alternatives d’engagement, telles que l’activisme numérique, les mouvements citoyens ou les manifestations. Cette évolution traduit moins une indifférence qu’une défiance profonde à l’égard des structures politiques traditionnelles.

Dans ce contexte, certaines initiatives institutionnelles et citoyennes commencent néanmoins à émerger. Le projet de loi de finances 2026 prévoit notamment une incitation financière destinée aux candidats indépendants de moins de 35 ans, avec une prise en charge pouvant atteindre 75 % des frais de campagne, dans la limite de 500 000 dirhams par candidat de liste. Cette mesure pourrait constituer une opportunité, à condition qu’elle s’accompagne d’un véritable effort de formation, d’encadrement et de responsabilisation.

Par ailleurs, des initiatives issues de la société civile, à l’image du Parlement Jeunesse du Maroc, s’emploient chaque année à encourager le débat politique et la participation des jeunes aux réflexions sur les politiques publiques. Autant de signaux qui, bien qu’encore limités, témoignent d’une volonté émergente de repenser les formes de l’engagement politique au Maroc.

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