L’or pulvérise ses records et révèle la peur des marchés
Le marché de l’or vient d’entrer dans une nouvelle ère. Ce lundi, le métal jaune a franchi, pour la première fois de son histoire, la barre symbolique des 5.100 dollars l’once, inscrivant un record absolu et confirmant une tendance haussière d’une ampleur rarement observée sur les marchés financiers internationaux.
Cette envolée spectaculaire ne relève ni du hasard ni d’un simple mouvement spéculatif. Elle s’inscrit dans un contexte géopolitique et économique mondial profondément dégradé, où l’or retrouve pleinement son rôle ancestral de valeur refuge ultime. La hausse actuelle du cours de l’or est d’abord le reflet d’un monde marqué par une accumulation de risques. Les tensions géopolitiques persistantes, les conflits ouverts ou latents, les rivalités commerciales entre grandes puissances et l’instabilité politique dans plusieurs régions clés alimentent un climat de défiance généralisée.
Dans ce contexte, les investisseurs – institutionnels comme particuliers – réduisent leur exposition aux actifs risqués et se replient massivement vers l’or, considéré comme une protection contre les chocs systémiques, la volatilité des marchés financiers et l’érosion du pouvoir d’achat. Autre facteur structurel majeur : les achats massifs d’or par les banques centrales. Depuis plusieurs années, celles-ci renforcent leurs réserves en métal précieux afin de diversifier leurs avoirs, réduire leur dépendance au dollar et se prémunir contre d’éventuelles turbulences monétaires.
Cette dynamique, particulièrement marquée dans les économies émergentes et certains pays d’Asie et du Moyen-Orient, exerce une pression durable sur l’offre, déjà limitée par des contraintes minières et des coûts d’extraction en hausse. Les politiques monétaires accommodantes, conjuguées aux anticipations de nouvelles baisses de taux dans plusieurs grandes économies, ont également renforcé l’attractivité de l’or. Actif non rémunéré par excellence, le métal jaune devient plus compétitif lorsque les rendements réels des obligations s’érodent.
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Par ailleurs, la montée des niveaux d’endettement public, notamment dans les pays développés, nourrit une crainte croissante autour de la soutenabilité financière globale, renforçant encore l’attrait pour les actifs tangibles. Les analystes s’accordent à dire que le franchissement de ce seuil psychologique pourrait ouvrir la voie à de nouveaux sommets si les facteurs actuels persistent. Certains scénarios évoquent désormais des niveaux compris entre 6.000 et 7.000 dollars l’once à moyen terme, en cas d’aggravation des tensions ou de choc financier majeur. Toutefois, des phases de correction technique restent possibles à court terme, après une hausse aussi rapide. Mais sur le fond, la tendance demeure solidement orientée à la hausse.
Pour le Maroc, cette flambée du cours de l’or a des implications multiples. Sur le plan macroéconomique, elle renforce l’intérêt stratégique des réserves en métaux précieux et attire l’attention sur le potentiel minier national. Sur le plan social et culturel, elle rappelle aussi l’importance de l’or comme valeur patrimoniale, notamment dans les usages traditionnels et l’épargne des ménages. Enfin, pour les investisseurs marocains, cette évolution confirme que l’or n’est plus seulement un actif de diversification, mais un baromètre avancé des déséquilibres mondiaux.

