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Cybersécurité : Le Maroc plaide pour une coopération renforcée

La semaine régionale africaine lancée lundi à Rabat

DGSSI : Les travaux de la Semaine régionale africaine de la cybersécurité ont démarré lundi à Rabat réunissant des responsables marocains et étrangers autour des enjeux de la transformation numérique, de la protection des infrastructures critiques et de la lutte contre les cybermenaces.

Rabat accueille du 12 au 14 octobre 2026 la Semaine régionale africaine de la cybersécurité. Cet événement réunit des responsables marocains et étrangers de haut niveau autour des défis liés à l’accélération de la transformation numérique et à la multiplication des cybermenaces. Les échanges porteront notamment sur le renforcement de la confiance numérique, la protection des infrastructures critiques ainsi que le développement des capacités nationales en matière de prévention, de détection et de réponse aux incidents cybernétiques. Placé sous le thème « La cybersécurité au service de la transformation numérique et du développement », cet événement met en exergue les enjeux et les priorités à venir.

Enjeux et priorités

Le Maroc entend renforcer son dispositif national de cybersécurité, en misant sur l’anticipation des risques, le développement des compétences, la mobilisation de l’ensemble des acteurs publics et privés, et le renforcement de la coopération régionale et internationale en la matière. C’est le message porté lors de l’ouverture de cette conférence, par Abdellatif Loudiyi, ministre délégué auprès du Chef du gouvernement, chargé de l’Administration de la défense nationale, et le général de corps d’armée Abdellah Boutrig, directeur général de la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI) et vice-président de l’Alliance africaine de cybersécurité (ANCA). Pour Abdellatif Loudiyi, la cybersécurité ne peut plus être considérée comme une préoccupation technique réservée aux spécialistes. Elle constitue désormais un enjeu stratégique, directement lié à la continuité des activités des institutions, à la protection de leurs intérêts et à la résilience des services essentiels.

Les cyberattaques sont devenues une réalité à laquelle aucun État n’échappe, tandis que l’intelligence artificielle contribue à accélérer leur évolution en offrant aux cybercriminels des moyens d’action toujours plus rapides et sophistiqués. Ainsi, le ministre a plaidé pour une approche fondée sur l’anticipation, la détection précoce et la capacité de réaction. Il a également insisté sur la nécessité de consolider une vision nationale claire, articulée autour de cinq axes complémentaires, à savoir le renforcement du cadre juridique et organisationnel, le développement des ressources humaines et techniques, la sensibilisation aux risques numériques, l’amélioration des capacités de surveillance et de réponse aux incidents, ainsi que la coopération régionale et internationale. Sur le terrain, les efforts se poursuivent à travers plusieurs chantiers prioritaires. Il s’agit notamment de généraliser les centres opérationnels de sécurité (SOC), de renforcer les audits des systèmes d’information sensibles et des plateformes connectées à Internet, de former les responsables de la sécurité informatique au sein des administrations et des infrastructures d’importance vitale, ainsi que de consolider les capacités humaines et techniques de la Direction.

Par ailleurs, M. Loudiyi a souligné que ces initiatives ne pourraient produire pleinement leurs effets sans une mobilisation coordonnée de l’ensemble des acteurs. Le ministre a également identifié quatre défis majeurs pour les prochaines années. Le premier défi concerne la formation et la qualification des compétences spécialisées en cybersécurité. Le deuxième défi porte sur le soutien aux entreprises marocaines spécialisées dans la cybersécurité, ainsi que sur le développement de leurs capacités et de leurs solutions. Le troisième défi consiste à sécuriser les infrastructures d’importance vitale, qui assurent le fonctionnement des services essentiels. Le quatrième défi concerne les enjeux soulevés par l’intelligence artificielle dans le domaine de la cybersécurité.

Mobiliser les acteurs concernés

Pour sa part le général de corps d’armée Abdellah Boutrig a réaffirmé la mobilisation de la DGSSI face à l’évolution des cybermenaces rappelant les chantiers structurants qui sont en cours. Cela inclut l’adaptation du cadre juridique et réglementaire aux nouvelles réalités technologiques, l’évaluation du niveau de maturité et des risques propres à chaque secteur, ainsi que le renforcement des capacités de détection, d’audit et de contrôle auprès des entités publiques et des infrastructures d’importance vitale. La Direction entend également intensifier la veille et la détection des menaces, mettre en place de nouveaux régimes de qualification, assurer le suivi de l’application des recommandations issues des audits et renforcer l’accompagnement des infrastructures critiques. L’ouverture aux petites et moyennes entreprises figure aussi parmi les éléments importants, afin de leur permettre de relever leur niveau de sécurité numérique.

Les exercices de simulation, les actions de sensibilisation et la formation des professionnels seront également renforcés. Abdellah Boutrig a rappelé que la DGSSI avait engagé, l’année précédente, des actions relevant normalement de la responsabilité directe des propriétaires et des exploitants des systèmes d’information, notamment le déploiement de centres opérationnels de sécurité et la réalisation d’audits ciblés à grande échelle. Cette intervention répondait à une situation d’urgence, sans pour autant se substituer durablement aux responsabilités des organismes concernés. Le responsable a ainsi insisté sur la nécessité de responsabiliser davantage les propriétaires des systèmes d’information. Les autorités de régulation doivent veiller à l’application des exigences de sécurité dans des secteurs aussi sensibles que la banque, l’énergie, les transports et les télécommunications. Les prestataires qualifiés sont, pour leur part, appelés à renforcer les capacités d’audit et de détection, tandis que les entreprises spécialisées doivent fournir des solutions fiables et des prestations de qualité. Les universités ont également un rôle essentiel à jouer dans la formation des compétences dont le pays a besoin.

En plus du renforcement des dispositifs de protection, il s’agira aussi de réduire l’écart entre les ambitions du Maroc en matière de transformation numérique et les moyens consacrés à la sécurisation des usages. Pour Abdellah Boutrig, la cybersécurité doit être intégrée dès le lancement des projets de digitalisation, et non ajoutée une fois les systèmes déployés. Cette démarche repose sur trois piliers : des moyens financiers dédiés à la sécurité dès la conception des projets, des structures de gouvernance permettant aux instances dirigeantes de prendre en charge les risques cyber et de doter les responsables de la sécurité des prérogatives nécessaires, ainsi que des processus rigoureux comprenant la classification des données, l’analyse des risques, l’homologation, les audits et les plans de continuité d’activité.
Dans cette perspective, la cybersécurité doit être considérée comme un investissement stratégique plutôt que comme une simple charge. Le coût réel, a alerté le responsable, réside dans les conséquences d’un incident lorsque des attaquants parviennent à exploiter les vulnérabilités des systèmes.

User de l’IA pour améliorer la cybersécurité

Le développement de solutions nationales de cybersécurité figure également parmi les priorités du Royaume. Il s’agit de tirer parti de l’IA pour mieux protéger le cyberespace national, tout en renforçant les capacités locales de conception et de production de technologies de confiance. Créé en 2025 sous la forme d’un groupement d’intérêt public associant l’Université Mohammed V de Rabat et plusieurs départements ministériels, le Centre d’innovation en cybersécurité est appelé à jouer un rôle central dans cette dynamique. Il dispose désormais d’une stratégie triennale et d’une feuille de route couvrant la période 2027-2030. Sa mission consiste à faire évoluer le Maroc du statut d’utilisateur de technologies de cybersécurité vers celui de producteur de solutions fiables, en favorisant les synergies entre l’État, le monde universitaire et l’industrie.


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