L’Économiste

Lottomatica rachète CIRSA : les casinos de Marrakech, Agadir et Tanger passent sous pavillon italien

Le leader des casinos au Maroc change de mains. L’espagnol CIRSA, propriétaire des établissements de Marrakech, Agadir et Tanger, va être absorbé par l’italien Lottomatica dans le cadre d’une transaction à 3,3 milliards de dollars.

Une opération qui place les casinos marocains sous le giron d’un géant européen du jeu et des paris sportifs, avec le fonds américain Blackstone comme premier actionnaire.

Le secteur européen du jeu et des paris sportifs est en pleine recomposition. L’italien Lottomatica, l’un des principaux opérateurs du secteur, a conclu un accord pour absorber son rival espagnol CIRSA dans le cadre d’une transaction entièrement en actions valorisant ce dernier à environ 3,3 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros). Une opération qui, au-delà des frontières européennes, concerne directement le Maroc, où CIRSA se présente comme le premier opérateur de casinos.

CIRSA, poids lourd du casino
CIRSA est implanté au Maroc depuis plusieurs années, avec des établissements dans les principales destinations touristiques du Royaume.

Le groupe y possède des casinos à Marrakech, Agadir et Tanger, dont il détient une participation de 50% dans le Grand Casino de La Mamounia, l’un des palaces les plus emblématiques de la Ville ocre, acquis en novembre 2025. Ces établissements, adossés à des hôtels de luxe et fréquentés par une clientèle internationale, tirent profit de la montée en puissance du tourisme marocain, qui a attiré près de 20 millions de visiteurs en 2025.

Le gouvernement vise 26 millions de touristes par an à l’horizon 2030, un objectif qui devrait soutenir la fréquentation des casinos CIRSA. Leurs revenus proviennent pour l’essentiel des jeux de table, une activité qui représentait environ 53% du résultat opérationnel ajusté de CIRSA l’année dernière, une composition différente de celle de Lottomatica, davantage centré sur les paris sportifs et les jeux en ligne. Cette complémentarité est d’ailleurs l’un des moteurs de la fusion.

Un mariage entre deux champions européens
La fusion, annoncée le 2 septembre, doit donner naissance au deuxième plus grand groupe coté du secteur dans le monde en termes de résultat opérationnel ajusté, derrière le britannique Flutter Entertainment, propriétaire de FanDuel. La nouvelle entité, qui conservera le nom Lottomatica et son siège à Rome, devrait générer environ 2 milliards d’euros de bénéfices ajustés. Pour CIRSA, cette opération représente une porte de sortie pour ses actionnaires historiques.

Le fonds d’investissement américain Blackstone, qui avait pris le contrôle de CIRSA en 2018, deviendra le premier actionnaire du nouvel ensemble avec environ 24% du capital. Il obtiendra également le droit de nommer deux administrateurs supplémentaires au conseil d’administration. Les actionnaires de CIRSA percevront un dividende exceptionnel de 305 millions de dollars avant la fusion, tandis que le nouvel ensemble prévoit de reverser 744 millions d’euros supplémentaires aux investisseurs après la finalisation de l’opération.

Quels changements pour les casinos marocains ?
À ce stade, les conséquences directes pour les casinos marocains de CIRSA restent limitées. Aucun projet d’investissement nouveau, ni de développement de paris en ligne au Maroc, n’a été officiellement annoncé. L’opération ne constitue donc pas, à proprement parler, un nouveau programme d’investissement en Afrique. La principale évolution est d’ordre corporatif, dans la mesure où les établissements marocains de CIRSA intègreront un groupe européen beaucoup plus vaste, avec des ressources technologiques et financières renforcées.

Le nouvel ensemble pourrait fournir à ces casinos un accès à des systèmes de gestion de la relation client plus modernes, des outils de lutte contre la fraude et une expertise en matière de marketing digital.

Lottomatica pourrait également examiner la pertinence d’investir davantage dans ces propriétés, en fonction de leur contribution aux résultats globaux du groupe. Les casinos marocains pourraient bénéficier des économies d’échelle et des synergies dégagées par la fusion, le nouvel ensemble visant des économies annuelles de 115 millions d’euros d’ici trois ans.

En attendant la finalisation de l’opération, prévue au deuxième trimestre 2027, le marché marocain du jeu reste donc sous le signe de l’attente, les regards tournés vers les prochaines orientations stratégiques du nouveau géant du secteur.

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