L’emploi agricole chute de 50 000 postes par an depuis 2000
Le paysage socio-économique du Maroc traverse une mutation profonde, marquée par un désengagement progressif mais inexorable du secteur agricole. Selon les données récentes du Haut-Commissariat au Plan (HCP), l’agriculture marocaine a perdu en moyenne 50 000 emplois par an depuis 2000. Si ce phénomène s’inscrit initialement dans une trajectoire de développement classique, il a pris, depuis 2016, une tournure plus brutale sous l’effet conjugué des chocs climatiques et des transformations technologiques.
L’évolution de l’emploi agricole au Maroc se décline en deux phases distinctes. Entre 2000 et 2015, la part de l’agriculture dans l’emploi total a amorcé un recul graduel, passant de 45,1 % à environ 39 %. Cette période reflétait une transition structurelle « saine » : la hausse de la productivité, portée par la mécanisation et l’amélioration des techniques culturales, permettait de produire davantage avec moins de bras.
La main-d’œuvre libérée était alors absorbée par d’autres secteurs, contribuant à une baisse du chômage rural. Cependant, le curseur s’est déplacé radicalement à partir de 2016. En moins d’une décennie, la part de l’emploi agricole a chuté de 13 points pour s’établir à 25,5 % en 2025. Cette accélération coïncide avec les cycles de sécheresses récurrentes qui frappent le Royaume. Contrairement à la première phase, cette baisse s’est accompagnée d’une hausse de la précarité et du chômage, révélant la vulnérabilité d’un modèle encore largement dépendant des précipitations.
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Plusieurs facteurs expliquent cette érosion. D’une part, les transformations technologiques et l’introduction de méthodes plus capitalistiques ont réduit les besoins en travail manuel. D’autre part, la transition démographique joue un rôle crucial. Le secteur souffre d’un manque d’attractivité criant auprès des jeunes, rebutés par la pénibilité et la faible rentabilité face aux risques climatiques. Aujourd’hui, plus de 45 % des agriculteurs ont 55 ans et plus, posant un défi majeur de renouvellement générationnel. Ces dynamiques se traduisent par une baisse progressive de la part de l’emploi agricole, passée de 45,1 % en 2000 à environ 39 % en 2015, puis à 25,5 % en 2025, avec une perte annuelle moyenne estimée à près de 50 000 emplois. Le contexte dominant a, quant à lui, évolué d’une logique de productivité vers une logique de transition, avant de s’inscrire dans une situation marquée par une vulnérabilité climatique croissante.
D’un point de vue macroéconomique, cette réduction de la dépendance à l’agriculture peut paradoxalement favoriser la stabilité. Une économie dont l’emploi est moins corrélé aux aléas pluviométriques est une économie plus résiliente. Néanmoins, ce gain de stabilité est conditionnel à la capacité des secteurs non agricoles (services, industrie) à absorber efficacement la main-d’œuvre rurale.
Le risque majeur réside dans une transition mal maîtrisée qui alimenterait l’informalité urbaine, le sous-emploi et la précarité sociale. Selon les experts, pour transformer ce défi en opportunité stratégique, le Royaume doit impérativement miser sur la formation qualifiante des jeunes ruraux et sur une modernisation agricole qui intègre pleinement la résilience climatique et la gestion rationnelle de l’eau. Le renouvellement des générations ne se fera que par une montée en gamme technologique, garantissant de meilleurs revenus, et une amélioration significative des infrastructures et des conditions de vie en milieu rural. Sans ces mesures, le déséquilibre entre les territoires pourrait s’accentuer, freinant ainsi l’élan de développement global du pays.

