les producteurs alertent sur un risque de hausse des prix à l’approche du Ramadan
À quelques semaines du mois de Ramadan, une tension croissante se fait sentir sur le marché national de la volaille. La raréfaction de certains intrants destinés à l’alimentation animale fragilise l’ensemble de la chaîne de production et expose les éleveurs à des contraintes financières accrues. En toile de fond, se dessinent des risques de pressions inflationnistes sur un produit de large consommation, dans un contexte sensible pour le pouvoir d’achat des ménages.
À l’approche de cette période traditionnellement marquée par une hausse de la demande en protéines animales, l’Association nationale des producteurs de viande de volaille a tiré la sonnette d’alarme sur les difficultés rencontrées par la filière. Selon l’organisation professionnelle, les producteurs sont confrontés à une pénurie préoccupante d’intrants essentiels à la fabrication des aliments composés, une situation susceptible de désorganiser durablement la production si elle venait à se prolonger.
D’après les professionnels, plusieurs usines de fabrication d’aliments pour volailles font face à des ruptures d’approvisionnement, compliquant l’accès des éleveurs à la nourriture animale. Cette contrainte, déjà observée de manière cyclique à l’approche de certaines périodes de forte demande, prend cette année une ampleur particulière. L’association met en garde contre les risques financiers encourus par les exploitations avicoles et appelle à des mesures préventives afin d’éviter toute perturbation brutale du marché.
Les producteurs attribuent cette fragilité à une combinaison de facteurs, notamment les aléas climatiques et la volatilité des marchés internationaux des matières premières. Dans ce contexte, ils plaident pour l’élaboration, par les autorités compétentes, de dispositifs d’anticipation et de plans d’urgence visant à sécuriser les approvisionnements. Au-delà des réponses conjoncturelles, l’association souligne la nécessité de solutions structurelles, telles que la constitution de stocks stratégiques, une meilleure planification des importations et le renforcement des infrastructures logistiques, en particulier au niveau des ports.
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Chaîne avicole sous pression : dépendance extérieure et renchérissement des coûts
Cette alerte est étayée par plusieurs indicateurs structurels. Le secteur avicole, qui assure plus de 55 % de l’apport national en protéines animales, demeure fortement dépendant des marchés extérieurs. Selon un avis publié en décembre 2024 par le Conseil de la concurrence, plus de 90 % des tourteaux de soja et de maïs utilisés dans les aliments composés sont importés.
Cette dépendance expose la filière à des contraintes logistiques récurrentes. En janvier 2026, des retards de quatre à cinq jours ont ainsi été enregistrés dans le déchargement portuaire de certaines cargaisons de matières premières, accentuant les tensions sur l’approvisionnement. À ces difficultés s’ajoutent des pressions inflationnistes plus larges. L’inflation alimentaire moyenne s’est établie à 7,8 % sur les neuf premiers mois de 2025, pesant directement sur les coûts de production.
Les éleveurs font également face à une hausse marquée des charges annexes. À titre d’exemple, le prix de la balle de paille a atteint 40 à 42 dirhams, contre une fourchette habituelle de 7 à 12 dirhams. Ces évolutions confirment, selon les professionnels, que les tensions actuelles relèvent moins d’un phénomène saisonnier que d’une vulnérabilité structurelle de la filière.
Cette situation revêt une importance particulière dans la mesure où la volaille constitue une composante essentielle du régime alimentaire des ménages, se substituant largement à la viande rouge, dont les prix demeurent élevés. Pour une large frange de la population, la viande blanche représente la principale source de protéines animales. Toute perturbation durable de la chaîne de production ou d’approvisionnement pourrait ainsi se traduire par une hausse des prix et un impact direct sur le pouvoir d’achat, notamment durant le mois de Ramadan.

