Pourquoi Tanger dépasse Casablanca et Rabat ?
Tanger est la ville marocaine la plus chère, dépassant Casablanca et Rabat. Cette hausse traduit à la fois le développement de la cité mais aussi la pression sociale sur les classes moyennes et populaires.
Arrivant en tête des villes les plus chères du Royaume, Tanger se positionne comme la 9ᵉ ville la plus onéreuse du continent africain et occupe la première place en Afrique du Nord, selon Numbeo, plateforme de référence pour la comparaison du coût et de la qualité de vie à l’échelle mondiale.
Devant Casablanca et Rabat, Tanger se hisse à la 376ᵉ place au classement mondial. Avec un score de 36,12, la ville contribue à positionner le Maroc au 16ᵉ rang africain. Longtemps perçue comme une alternative plus abordable aux capitales économique et administrative, ainsi qu’à Marrakech, Tanger voit aujourd’hui cette image s’effriter. Derrière cette évolution se dessine une réalité plus préoccupante : une érosion progressive du pouvoir d’achat, particulièrement marquée chez les ménages dont les revenus n’ont pas suivi le rythme de l’inflation.
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Cette pression s’explique principalement par le renchérissement du logement, comme en témoigne un indice des loyers de 11,0, tandis que le coût de la vie incluant le logement s’établit à 24,9, selon Numbeo. Les dépenses alimentaires (37,4), les prix pratiqués dans la restauration (28,9) ainsi que le pouvoir d’achat local (37,8) viennent corroborer cette dynamique haussière, exerçant une pression supplémentaire sur des budgets déjà fragilisés, selon la même source.
Cette situation s’explique en grande partie par le dynamisme économique soutenu de la ville. Les investissements industriels d’envergure, le développement du complexe portuaire de Tanger Med, l’essor des plateformes logistiques et la montée en puissance de l’attractivité touristique ont considérablement renforcé l’attrait de Tanger. Cette dynamique se traduit par un afflux continu de nouveaux résidents, d’expatriés et de travailleurs, exerçant une pression directe sur le marché du logement et les services urbains.
Cette recomposition urbaine accélérée engendre une pression sociale croissante, particulièrement marquée dans les quartiers populaires et les zones périphériques. Le logement, le transport, l’éducation et la santé s’imposent désormais comme des facteurs de tension récurrents, nourrissant un malaise social persistant chez les résidents.
Par ailleurs, les résultats de l’enquête permanente du Haut-Commissariat au Plan (HCP) de janvier 2026 illustrent cette dualité. Bien que l’Indice de confiance des ménages (ICM) ait progressé à 57,6 points au quatrième trimestre 2025, soit l’un des plus hauts depuis 2021, 77,8 % des ménages déclarent pourtant une dégradation de leur niveau de vie sur les 12 derniers mois. L’enquête ajoute que plus 49,4% des ménages s’attendent à une dégradation du niveau de vie au cours des 12 prochains mois, 40,7% à un maintien du niveau de vie et 9,9% à une amélioration.

